| Summary: | Que serait le voyage d’agrément sans le foisonnement des rêves qui le précède ? Et que serait le rêve lui-même sans la fertilité de l’imaginaire qui l’alimente avec une étonnante persévérance ? Dans le domaine du tourisme, l’imaginaire a un pouvoir surprenant sur le touriste. « Partir en vacances, c’est mettre en œuvre un projet de plaisir qui était cantonné dans le registre imaginaire » (Lauru et al., 2004 : 36). Ce dernier ravitaille en sensations, en perceptions, en impressions et en représentations tout candidat au voyage. Il faut admettre qu’il existe des situations où le touriste potentiel se projette virtuellement dans sa « destination de rêve » et s’octroie par procuration des agréments qui font partie des préparatifs psychiques ou des rites initiateurs du voyage. C’est dans cette approche énigmatique du rêve et de l’imaginaire touristiques que le Proche et le Moyen-Orient exercent une émotion fascinante sur les touristes passionnés par l’historicité et la culturalité des lieux géographiques ou par la piété et la spiritualité des milieux socioculturels ; d’autres visiteurs sont séduits par la béatitude d’un contexte sociogéographique hautement antique, ce qui explique que les touristes, malgré des effervescences responsables d’insécurité, s’y rendent dans un élan qui rappelle, par certains aspects du voyage, un engouement qui oscille entre réalisme et exotisme. Le Moyen-Orient et sa part de rêve cheminent dans l’imaginaire des candidats au grand voyage par une sorte d’alchimie transcendante. La renommée historique de cette région aux facettes multiples a la particularité d’en faire un pôle d’invitation permanente au voyage. En conséquence, l’esprit se porte en éclaireur des lieux moyen-orientaux et s’offre le luxe d’aller faire une reconnaissance des endroits de mémoire et, fait peu déontologique, il arrive qu’il se brouille sous l’effet de charges émotionnelles et impose aux passionnés sa propre vision de l’histoire et de la géographie régionale et parfois sa « conception » du voyage ! Le problème de l’imaginaire dans sa relation au voyage moyen-oriental, c’est qu’il est tenace ou diffus. Il se situe sur la marge floue du rêve, d’un espace imaginé (le pays récepteur), tout en ayant son ancrage dans le territoire de départ (pays émetteur) ! Donc, entre l’imaginaire du candidat au voyage, l’espoir du partant et la réalité du visiteur sur place, il y a toujours un espace-temps flou, qu’il va falloir clarifier sans altération pour rapprocher la vision du « visiteur » de celle du « visité ». Mais qui se soucie en réalité de ces détails, situés le plus souvent aux antipodes les uns des autres ? Aussi, est-il regrettable de constater que le touriste « raisonné », le visiteur passionné et l’homme d’affaires se croisent régulièrement dans les avions et les hôtels, mais rarement sur les hauts lieux de l’histoire. Et c’est bien dommage ! Alors, laissons les affaires aux affairistes et saluons la volonté des touristes qui choisissent d’aller marcher sur les traces de ceux qui ont initié la civilisation humaine.
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